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Interview avec Gianna Molinari sur son roman Ici tout est encore possible

Dans Ici tout est encore possible, la jeune autrice suisse Gianna Molinari nous parlent avec subtilité de la peur de l’autre et des limites que nous nous fixons pour protéger ce en quoi nous croyons. À travers le regard d’une jeune femme, gardienne de nuit dans une usine au bord de la faillite, elle nous fait découvrir un endroit plein de multiples possibilités. On raconte qu’un loup se serait introduit dans la zone, mais peut être ne s’agit-il que de rumeurs ?

Cette exploration profonde des liens entre réalité et imaginaire a été récompensé par le prix Robert Walser et le prix Clemens Brentano. Gianna Molinari a acceptée de répondre à quelques questions sur son premier roman.

Ici tout est encore possible de Giana Molinari, publié aux éditions La Croisée

– Comment vous est venue l’idée de votre livre ?

Gianna Molinari : D’une part, il y a eu l’émission de radio de la radio suisse, SRF, « L’homme qui tombait du ciel » de l’auteur et journaliste Christoph Keller. Il a enquêté sur l’histoire d’un homme d’origine ouest-africaine qui est tombé du train d’atterrissage d’un avion au-dessus de l’aéroport de Zurich-Kloten et qui a été retrouvé mort à proximité près de Weisslingen. Cette histoire m’a beaucoup touchée. Ce moyen de se dissimuler, et la question si la personne était consciente de ses faibles chances de survie. Mais aussi les questions autour de l’identité d’un homme sans nom et sans histoire.

D’autre part, j’avais des premiers fragments de texte au sujet d’une usine, un lieu vierge en quelque sorte, encore jamais décrit, un lieu en voie de décomposition et l’arrivée d’un personnage qui y recommence tout à zéro. Cette idée d’un nouveau départ m’a intéressée.

– Où se déroule le livre, et quel est le rôle du lieu ou des lieux réels dans votre écriture ?

Gianna Molinari : Le roman finit n’est pas situé géographiquement. Il était important pour moi de ne pas lier le roman à un lieu. Cette histoire peut se dérouler dans de nombreux endroits, dans de nombreuses usines. Il s’agit plutôt d’un espace abstrait qui peut aussi se déplacer géographiquement. Néanmoins, les lieux réels sont importants pour la création du texte. Cela fonctionne toujours bien pour moi d’être dans des lieux réels, de voir comment sont les conditions spatiales, la lumière, les bruits, tout cela peut être un matériau pour le texte. J’ai ainsi visité des usines vides et une fabrique de carton. Ma visite à Weisslingen a également été importante pour l’écriture du texte afin d’avoir une idée de ce lieu.

Gianna Molinari photo : ©Christoph Oeschge

– Qu’est-ce que la littérature suisse pour vous, quelle est sa caractéristique ou dans quelle mesure cette question joue-t-elle ou non un rôle pour vous ?

Gianna Molinari : L’attribution nationale de la littérature ne joue aucun rôle pour moi dans mon écriture. Je ne considère pas non plus ma littérature comme de la littérature suisse. Bien sûr, on pourrait dire : le roman parle de l’enfermement, cette thématique est traditionnelle dans la littérature suisse. Ou on pourrait dire : le roman parle d’un loup, cette problématique est une tradition en Suisse. Mais ces traditions se retrouvent aussi ailleurs. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt de faire partie d’une polyphonie, de m’inscrire non pas dans une tradition narrative nationale, mais dans la narration même.

« Ce qui m’intéresse, c’est de faire partie d’une polyphonie, de m’inscrire non pas dans une tradition narrative nationale, mais dans la narration même. »

Gianna Molinari

– Que signifie pour vous la littérature européenne ? L’Europe a-t-elle une signification pour vous ? Pourquoi ?

Gianna Molinari : Pour moi, la littérature européenne est un grand éventail de langues, un mélange de voix dans le meilleur sens du terme, un espace dans lequel les cultures narratives se rencontrent mais aussi s’opposent et un espace qui recèle une certaine solidarité, des liens et des groupes qui se forment. La lecture de la littérature européenne offre la possibilité de franchir des frontières apparentes ou très réelles et d’entamer un dialogue, ce qui est particulièrement important dans la situation mondiale actuelle avec la guerre en Ukraine.

Gianna Molinari Ici tout est encore possible, traduit de l’allemand (Suisse) par Françoise Toraille, est paru aux éditions La Croisée, 2021.

Avec nos remerciments pour l’aimable soutien de notre projet.

entretien de Gianna Molinari avec Katharina Loix van Hooff

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