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Les joutes de traduction : quand l’invisible devient visible

Lancées en 2014 par l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF), les joutes de traduction proposent à deux traducteurs de confronter leurs versions d’un même texte et de débattre en public de leurs choix.

Laure Hinckel, elle-même traductrice du roumaine, anime la joute de traduction
roumaine lors du festival VO-VF à Gif-sur-Yvette en octobre 2021. S’affrontent :
Nicolas Cavaillès et Mariana Negulescu-Cojan, sur un passage tiré du roman Tache
de catifea de l’auteur Stefan Agopian.

Organisées lors de divers salons littéraires tout au long de l’année, les joutes sont autant d’occasions de mettre en lumière auprès du grand public le métier de traducteur littéraire et de susciter des vocations.

Sans les traducteurs littéraires, nous n’aurions jamais accès à des textes essentiels de la littérature mondiale. Si cette affirmation relève de l’évidence, on oublie trop souvent le rôle fondamental que joue le traducteur dans le passage d’un univers littéraire vers une autre langue et une autre culture. Sans doute parce que la qualité de son travail se mesure à l’aune de son invisibilité, de sa capacité à se mettre au service de l’œuvre d’un autre auteur. 

Les choix de traduction ne vont pas nécessairement de soi, et il est parfois difficile de déterminer quelle est la meilleure manière de rendre compte d’un ouvrage pour des lecteurs étrangers. Peggy Rolland,  traductrice de l’allemand et de l’anglais, organise régulièrement les joutes de traduction de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) dont elle est membre du conseil administratif. Découvrez ici son article où elle met en lumière le travail complexe et pourtant essentiel du traducteur. N’hésitez pas également pour en savoir davantage à vous rendre sur le site de l’ATLF www.atlf.org et sur son site www.peggyr.com.

Depuis près de 50 ans, l’ATLF veille à la défense des intérêts de la profession et œuvre notamment à une plus grande visibilité des traducteurs auprès des acteurs du livre et du grand public. En 2014, l’association lance le format des joutes afin de favoriser la rencontre entre les traducteurs et leurs lecteurs.

Le principe est simple : en amont de la manifestation, on soumet à deux traducteurs un texte (inédit, dans la mesure du possible, afin d’éviter toute tentation d’aller regarder ce qui s’est déjà fait) d’une dizaine de feuillets. Lors d’une rencontre publique modérée par un troisième traducteur, les deux versions obtenues sont affichées de part et d’autre de l’original. Commence alors le jeu des sept différences durant lequel chaque jouteur va tenter d’expliquer les difficultés qu’il a rencontrées, les choix auxquels il a procédé.

Peggy Rolland, traductrice de l’anglais et de l’allemand
photo : privée

Quiconque assiste à une joute comprend rapidement que cela n’a pas grand-chose à voir avec un combat moyenâgeux au cours duquel il s’agirait de désigner coûte que coûte un vainqueur. Il n’est pas rare au contraire de voir l’un ou l’autre des jouteurs s’incliner humblement devant la solution trouvée par son adversaire. Bien plus, les joutes ont pour principale vocation de montrer que la valeur d’une traduction est toujours relative, susceptible de périmer avec le temps, et que surtout, elle correspond toujours à la lecture subjective faite par le traducteur du texte d’origine. Les joutes mettent en avant les difficultés récurrentes auxquelles celui-ci est confronté : quel temps choisir pour le récit ? Doit-il ou non traduire les noms propres, les particularités culturelles ? Doit-il ou non faire appel aux notes de traduction ?

En révélant ainsi leur cuisine interne, les traducteurs révèlent aussi comment se fabrique un livre, en constant dialogue avec l’éditeur, voire parfois avec l’auteur du texte original.

Jusqu’ici, l’ATLF a choisi de décliner ses joutes dans différents festivals littéraires tout au long de l’année : les joutes sont ainsi présentes dans de prestigieux salons tels que Livre Paris, le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Quais du Polar, America, VO-VF… Le dialogue qui naît avec le public permet de sensibiliser celui-ci à l’importance de la traduction, à la diversité des langues traduites (anglais, allemand, portugais, italien, roumain…), à porter de plus en plus d’attention aux noms de ceux qui traduisent.

Car il y a fort à parier que si l’on trouve un livre étranger bien écrit, c’est sans doute qu’il a été bien traduit.

Par Peggy Rolland

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