RencontresHistoires de traducteurs

Quel rôle pour les nouveaux traducteurs littéraires ?

Quel plaisir de pouvoir échanger avec les stagiaires l’École de traduction littéraire !

J’ai récemment pu intervenir au sein du Master Métiers du livre parcours édition de l’université de Nanterre pour en parler aux élèves et, grâce à son directeur Olivier Mannoni également dans la nouvelle promotion de la formidable École de traduction littéraire (ETL) de l’Asfored.

La promotion de l’École de traduction littéraire (ETL) copyright : photo privée

Les questions évoquées par ce public prodigieusement intéressé et renseigné, car tous ont déjà une première expérience dans l’édition et pour les stagiaires de l’École de traduction ils ont même déjà tous plusieurs ouvrages publiés et traduits par leur soin à leur compte, concernaient évidemment le choix des traducteurs pour chaque livre, mais aussi la façon dont un éditeur juge du potentiel d’un livre étranger sur le marché français. 

Les traducteurs jouent un rôle important dans la recherche de voix étrangères surtout des langues qu’ils sont parfois seuls à être capables de lire. J’aime beaucoup quand des traducteurs expérimentés, mais aussi des jeunes traducteurs me présentent des textes. 

Souvent, car seulement une infime partie des romans proposés peuvent être traduits, je dois expliquer, comme je l’ai expliqué aux traducteurs, qu’il s’agit certainement d’un ouvrage de qualité, d’une approche littéraire originale, d’une langue très belle, mais que pour prendre le risque d’une traduction il faut aussi et avant tout des arguments de vente. Il ne suffit pas, en effet, de dire à un représentant, un libraire ou à un lecteur qui se trouve devant le choix sans fin, que l’on a beaucoup aimé un livre. Rares sont les romans qui n’ont suscité que peu d’attention dans leur pays d’origine, mais qui trouve un public justifiant sa traduction en France. Cela arrive et les éditeurs défendent souvent malgré tout un texte qui paraît essentiel, mais en général il vaut mieux ne pas prendre trop de risques dans ce sens, pour ne pas décevoir les auteurs et partenaires qui nous font confiance, y compris ceux que nous avons risqué, contre toute bonne raison, de publier.

La traduction d’un roman demande des investissements importants et pour pouvoir payer les traducteurs et les autres professionnels de la chaîne du livre, il faut trouver des très nombreux lecteurs. Même si tous les bons arguments sont réunis, un éditeur n’arrive souvent pas à couvrir les coûts. 

Pourquoi, alors, n’organise-t-on pas simplement plus d’événements pour mieux vendre un roman ? 

J’adore les rencontres, les festivals et les salons. Et je compte avec les Argonautes en initier autant que possible. Mais inviter un romancier qui est une star dans son pays pour qu’il se retrouve à présenter son livre devant un public de huit personnes ne va pas plaire à cet écrivain et ne va pas générer des ventes suffisantes pour payer son billet de train.

Les décisions d’un éditeur paraissent parfois trop orientées sur l’aspect commercial, et nombreux sont les éditeurs qui font le choix de se libérer de cet aspect pour des raisons de prestige, de mécénat ou de simple passion qui les amène parfois malheureusement à la fin de l’aventure. Mais pour la plupart les éditeurs prennent ces décisions en connaissance de cause. Elles relèvent de la volonté professionnel de soutenir au mieux un auteur et de pouvoir continuer l’activité dans la durée.

Mais mon sujet favori quand je discute avec des étudiants, c’est celui de la passion. Une fois le choix d’un ouvrage fait, il faut transmettre notre conviction que ce livre peut avoir du succès. L’édition est un travail d’équipe et notre amour pour un texte doit passer à travers toute la chaîne du livre, de l’éditeur au traducteur, du relecteur au correcteur, du fabricant à l’imprimeur, de l’attaché de presse au journaliste, du représentant au libraire pour arriver finalement jusqu’aux lecteurs. Si notre enthousiasme pour un livre tient la route, tout le monde va sentir la magie opérer. 

De plus en plus, la capacité des traducteurs à transmettre leur passion et leur expertise pour promouvoir un titre est une qualité recherchée. Le projet des Argonautes repose en grande partie sur cette idée : nous partageons avec les traducteurs le désir de valoriser la littérature étrangère, et je suis sûre que ce n’est qu’ensemble que nous allons pouvoir inspirer, donner envie et engager les lecteurs pour ces voix venant d’ailleurs qui nous semblent si importantes. 

Par Katharina Loix van Hooff

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Festival international des écrits de femmes - 10ème édition : Européennes

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« Je n’aurais jamais cru que le genre humain en viendrait là encore une fois. » C’est en repensant à cette phrase de Colette, écrite en 1939, qu'il a été choisi de consacrer cette édition anniversaire, la 10e depuis la création du FIEF en 2012, aux « Européennes », rendant ainsi hommages aux écrivaines et intellectuelles qui, depuis le cosmopolitisme du XVIIe siècle, jusqu’à la construction européenne du XXe siècle ont porté contre la guerre un idéal d’échanges culturels et de paix au sein de l’espace européen. 

Nancy : Éditeurs sans frontières - Le livre sur la place

10 septembre 2022 à 6:19

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Faire passer les frontières à un texte c’est le donner à lire à d’autres, dans une autre langue. Mais n’est-ce pas un engagement encore plus important ? La littérature peut avoir le pouvoir de faire tomber des murs et de faire entendre des voix d’exilés, de prisonniers ou d’auteurs de pays en guerre. Et parfois même l’éditeur dépasse sa fonction au nom des libertés.

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