SélectionsItinéraires

Le choix de l’imaginaire

Trois jeunes autrices germanophones se servent d’espaces imaginaires pour nous parler de notre rapport avec l’histoire, avec l’identité et avec l’avenir

Les dystopies, les romans en forme de conte ou de parabole trouvent rarement leur place sur la Carte des Argonautes. Puisque nous nous attachons à inscrire des romans sur une carte, nous préférons les ouvrages ancrés dans un monde réel, marqués par l’histoire et la culture d’un site européen spécifique. Nous aimons que les livres nous parlent de d’endroits que nous pouvons situer.

Pourtant, il y a des exceptions. Trois jeunes autrices de langue allemande ont fait le choix d’inscrire leur histoire dans un lieu, un temps et un contexte imaginaires. Et elles ont su toucher au cœur le public et les critiques littéraires : leurs romans leur ont valu les plus hautes distinctions.

Les dystopies, les romans en forme de conte ou de parabole trouvent rarement leur place sur la Carte des Argonautes. Puisque nous nous attachons à inscrire des romans sur une carte, nous préférons les ouvrages ancrés dans un monde réel, marqués par l’histoire et la culture d’un site européen spécifique. Pourtant, il y a des exceptions.

La jeune autrice suisse Gianna Molinari place l’intrigue d’Ici tout est encore possible dans une usine au bord de la faillite, dans un lieu indéterminé. Une jeune femme y est embauchée comme veilleuse de nuit. Le bruit court qu’un loup a pénétré dans la zone, mais personne ne l’a vu.

Les rumeurs, la menace de la présence de la bête et les fines observations de cette femme dépeignent avec subtilité notre peur de l’autre, de l’inconnu, mais aussi nos limites : jusqu’où pouvons-nous aller pour protéger ce en quoi nous croyons ?

Gianna Molinari, la jeune autrice suisse
d’Ici tout est encore possible.
photo : Christoph Oeschger

Ici tout est encore possible, le premier roman de Gianna Molinari, a reçu le prix Robert Walser et le prix Clemens Brentano. Pour la relation fascinante et poétique que le roman établit entre réalité et imaginaire, il a également été sélectionné par les prestigieux prix du Livre allemand (Deutscher Buchpreis) et prix du Livre suisse.

Terre Liquide, le roman de l’autrice autrichienne Raphaela Edelbauer décrit un village qui ne se trouve sur aucune carte. Pourtant, il paraît typique des alentours de Vienne, et semble soulever les non-dits d’un chapitre aussi sombre que concret de l’histoire de l’Autriche…

Née à Vienne en 1990, Raphaela Edelbauer a étudié les arts appliqués à l’université de Vienne. Son premier roman Entdecker, non traduit en français, a été récompensé par le prestigieux prix Bachmann en 2018. C’est avec Terre-Liquide qu’elle se hisse sur le devant de la scène littéraire internationale. Salué par la critique, le livre remporte le prix Theodor-Körner et a été finaliste du prix du livre allemand, le Deutscher Buchpreis, en 2019.

Raphaela Edelbauer au festival de Cognac.
photo : Les Argonautes

Dents de lait, de l’autrice allemande Helene Bukowski, nous entraîne dans un monde post-apocalyptique. Le nord de l’Allemagne n’est plus qu’une plaine desséchée, et les survivants y sont devenus des bêtes sauvages. Vivant auprès d’une mère qui se barricade afin de se protéger d’une société qui l’a exclue depuis longtemps, la jeune Skalde apprend à lire et écrire pour échapper à ce pesant huis clos. Alors, lorsqu’elle découvre une enfant perdue qui paraît abandonnée, elle la prend chez elle.

La peur de l’autre, la haine envers l’étranger : cette dystopie captivante et poétique ausculte avec minutie les failles de nos sociétés contemporaines.

Née à Berlin en 1993, la jeune autrice allemande Helene Bukowski avait à peine 26 ans lorsqu’elle a écrit ce roman. Paru aux éditions Gallmeister dans une traduction de Sarah Raquillet et Elisa Crabeil, Dents de lait fascine par la simplicité de sa langue, d’une beauté limpide et solaire. Un début prometteur.

Ces romans ambitieux, portés par un imaginaire riche et des questions d’une brûlante actualité, méritaient de faire exception sur la carte des Argonautes. Autorisons-nous donc à les situer au mieux dans cet espace géographique, et à nous emparer de cette liberté et de cette subjectivité si caractéristiques de la littérature pour vous proposer ces lectures que vous apprécierez sans auucun doute.

Ici tout est encore possible, Gianna Molinari, éditions La Croisée, trad. Françoise Toraille

Terre Liquide, Raphaela Edelbauer, éditions Globe, trad. Olivier Mannoni

Les dents de lait, Helene Bukowski, éditions Gallmeister, trad.  Sarah Raquillet et Elisa Crabeil

L’équipe des Argonautes

Partager l’article


À vos agendas !

Nancy : Éditeurs sans frontières – Le livre sur la place

10 septembre 2022 à 6:19

réservation, renseignements...

Nancy - PRÉFECTURE DE MEURTHE-ET-MOSELLE - ENTRÉE RUE LYAUTEY

Faire passer les frontières à un texte c’est le donner à lire à d’autres, dans une autre langue. Mais n’est-ce pas un engagement encore plus important ? La littérature peut avoir le pouvoir de faire tomber des murs et de faire entendre des voix d’exilés, de prisonniers ou d’auteurs de pays en guerre. Et parfois même l’éditeur dépasse sa fonction au nom des libertés.

Les invités : Liana Levi (Liana Levi), Laure Leroy (Zulma), Farouk Mardam-Bey (Sindbad), Vera Michalski (Libella) et l’Académicien Goncourt Philippe Claudel.
Animation : Thomas Stélandre

Présentation Lettres Européennes.

12 octobre 2022

réservation, renseignements...

Maison de l'Histoire Européenne, Bruxelles

Cette Histoire de la littérature européenne, publiée en 6 langues, dont l'Anglais (Routledge editions), sera présentée à Bruxelles dans la Maison de l'Histoire Européenne.

Première publication des Argonautes Éditeur

07 janvier 2023

réservation, renseignements...

La première publication des Argonautes Éditeur verra le jour en janvier 2023

Actualités

  • suivant

Suivez l’actualité des Argonautes et des grands romans européens

Je m’abonne à la newsletter.