Demandez à Mietchka

Ievhenia Kouznetsova

Traduit l’ukrainien par Nikol Dziub

Éditeur : Les Argonautes Éditeur

Lilitchka et Mietchka reviennent là où tout a commencé : une vieille maison à l’écart du monde, envahie par la végétation, les souvenirs et les silences. Les deux sœurs y cherchent un répit, ou peut-être un point de bascule. L’une hésite à partir, l’autre à aimer.

Autour d’elles, les générations se croisent : une grand-mère à la fin de sa vie, une mère qui redoute de devenir à son tour la gardienne de ce qui reste, une petite fille, un chat, quelques hommes, tous venus avec leurs doutes, leurs histoires, leurs choix en suspens.

Dans un premier roman très remarqué, Ievguenia Kouznetsova explore les liens invisibles qui nous relient aux autres, et la manière dont nos vies se construisent dans le sillage de celles qui nous ont précédés. Demandez à Mietchka est un roman lumineux et profondément humain, où les choses simples rappellent avec douceur l’essentiel.

Parution 4 septembre 2026
Pages 288
ISBN 978-2-487712-19-5

Demandez à Mietchka est le premier roman de l'autrice ukrainienne Ievhenia Kouznetsova.

présent

sensuel • subtil • solaire

Mood du livre
Mémoire, amour, famille

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(Disponible dès le 4 septembre 2026)

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Auteur/Autrice

Ievhenia Kouznetsova

Ievhenia Kouznetsova est écrivaine, traductrice et chercheuse. Elle est née en 1987 à Khomutyntsi, un village du centre de l’Ukraine, où elle a passé son enfance. Après avoir obtenu une licence puis un master en relations et informations internationales à l’université nationale Taras-Chevtchenko de Kyïv, elle a obtenu un doctorat en littérature à l’université de Deusto (Bilbao, Espagne) pour une thèse consacrée au réalisme magique. Elle a travaillé comme consultante pour l’ONU et l’OSCE, et se spécialise à présent dans la recherche sur les médias et l’anthropologie de l’Internet, travaillant en particulier sur le journalisme en contexte de conflit et sur la lutte contre la désinformation. Autrice en 2020 d’un livre de cuisine humoristique consacré aux habitudes alimentaires des Ukrainiens, elle a signé l’année suivante, avec Demandez à Mietchka, son premier roman, qui a été nominé pour le prix du Livre de l’année de la BBC Ukraine, ainsi que pour le Prix de littérature de l’Union européenne (EUPL).

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Traducteur/Traductrice

Nikol Dziub

Nikol Dziub est traductrice de l’ukrainien et du français. Elle est née à Kyïv et a vécu entre l’Ukraine, la Suisse francophone et la France. Après un Master en philologie et traduction obtenu à l’Université Taras-Chevtchenko de Kyïv, elle a obtenu un doctorat en littératures française et comparée à l’Université de Haute-Alsace. Elle est lauréate du Prix de thèse 2016 de l’Université de Haute-Alsace et du Prix 2019 de la Fondation Catherine Gide et de la Fondation des Treilles pour un projet de recherche intitulé « Les Caves du Kremlin : Gide et La NRF face à l’URSS ».
Elle a dirigé plusieurs volumes collectifs. Ses recherches portent principalement sur la littérature de voyage, sur les échanges entre les mondes russe/soviétique et français, ainsi que sur la théorie du comparatisme dans ses rapports avec la question féminine.
Elle a également traduit des œuvres de Lina Kostenko, de Ievguenia Kouznetsova et de Maria Matios.

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Ils en parlent

  • « L’une des plus belles découvertes de l’année. »

    Vogue (Ukraine)

  • «  Un livre sur le passage du temps, sur le fait que rien ne sera plus jamais comme avant. Sur l’importance de la famille, des conversations tranquilles, de la vie quotidienne… et sur l’existence d’un lieu où l’on peut fuir. Un lieu où l’on vous attend, où l’on vous accueille, où l’on vous comprend.  »

    BBC Ukraine

  • «  Tous dans cette maison, les sœurs, la grand-mère, la cousine revenue d’Inde, la mère un peu perdue, et même le chat roux sans nom, se trouvent au seuil du changement.  »

    Elle (Ukraine)

  • « Grâce à une sincérité éblouissante, Ievguenia Kouznetsova prend le lecteur en otage de ses réflexions. »

    Oukraïna Moloda (Ukraine)

Extrait

– Tout être vivant a droit à un refuge, déclara Mietchka.

C’est elle qui conduisait.

– À une maison envahie par les broussailles, confirma sa sœur Lilitchka.

Lorsqu’elles ne parlaient pas, elles semblaient complètement différentes : l’une avait les cheveux ondulés, l’autre lisses comme une Chinoise. Les joues de Mietchka avaient toujours une délicate couleur de pêche, tandis que Lilitchka était pâle comme si elle avait passé toute sa vie dans un coffre de béton où le soleil ne filtrait jamais. Mais, dès que les sœurs se mettaient à parler, elles commençaient à se ressembler. À chaque mot, leurs yeux, leurs lèvres, leurs oreilles et leurs mouvements se confondaient davantage, jusqu’au moment où leur interlocuteur fermait les yeux, secouait la tête et demandait : « Laquelle des deux parle ? » Elles se regardaient alors en silence, et redevenaient le jour et la nuit.

Quand elles ne pouvaient plus faire autrement, elles revenaient à l’abri des vaincus envahi par la végétation. Pas besoin de tragédie pour ça : simplement, il semblait parfois que tout baignait dans le brouillard, qu’on ne voyait plus à trois pas devant soi. Alors arrivait l’heure du refuge. Une maison aux fenêtres immenses, disproportionnées, aux planchers usés et à la terrasse pourrie, le tout envahi de framboisiers, de mûriers, de houblon, de grands peupliers, de bouleaux, de pruniers sauvages, de pommiers et de poiriers. Elles avaient grandi parmi ces buissons, elles avaient perdu la bataille contre les fourrés et les taillis, et finalement elles étaient parties.

Mais le refuge demeurait là tel un reproche fait au passé pour tout ce qui ne serait plus jamais comme avant. Plus jamais on ne dormirait à trois dans une chambre, plus jamais les hommes ne diraient « Je vais dehors », prêts à repousser toute la nuit les chauves-souris, les chats et les insectes aux innombrables pattes. Tous ces gens étaient dispersés, morts ou disparus depuis longtemps, et seuls quelques objets rappelaient encore leur souvenir. « Donnez-moi le vase de Gontcharov », disait grand-mère Théodora. Personne ne connaissait ou ne se rappelait Gontcharov, mais le vase portait son nom.

À l’emplacement de la maison, il y avait eu autrefois une chaumière que le temps avait détruite, n’épargnant qu’un toit effondré, une grange remplie de terre à hauteur de poitrine et, près d’une fenêtre, une émouvante échelle qui avait dû être un perchoir, mais où aucun oiseau ne venait plus se poser, à l’exception parfois d’un loriot. Un jour, le mari de grand-mère Théodora l’avait amenée là, l’enlevant à son cinquième étage au centre-ville, à la bibliothèque, à la nappe brodée d’or et aux ficus de ses parents.

« C’est ça, le paradis dont tu m’as parlé ? » avait demandé la jeune Théodora en regardant la vieille grange et les vestiges de la chaumière, qui semblait avoir été brisée par des convulsions.

« Oui, c’est ça », avait répondu son époux.

Puis elle avait compris qu’elle aimait tellement cette voix qu’elle n’avait plus besoin d’aucun ficus.

Des décennies avaient passé, les traces de l’ancienne chaumière avaient disparu, une maison avait poussé à sa place et elle avait vieilli avec Théodora. . Et à présent, après s’être frayé un chemin entre les mûriers qui envahissaient le sentier, une Théodora presque centenaire attendait assise sur la terrasse pourrie que ses réfugiées franchissent les buissons pour arriver à elle.

Dans les premiers temps, elles venaient là poussées par les inquiétudes existentielles : la mort d’un perroquet ou d’une tortue. Les crises professionnelles avaient pris le relais, puis l’amour, puis les enfants. Ici, Lilitchka avait bercé ses fils qui, en temps normal, l’auraient rendue folle. Au refuge des vaincus, les enfants s’apaisaient soudain et se mettaient à ramper au milieu des mûriers qui égratignaient leurs ventres tendres et doux. C’était là que Mietchka avait toujours décidé de la marche à suivre. Les idées ne lui venaient pas immédiatement, mais au refuge elle comprenait qu’elles allaient lui venir un jour. Parmi ces fourrés inextricables où il fallait se frayer un chemin, on pouvait tolérer jusqu’à l’absence d’idées.

– Je n’ose même pas imaginer comment font les gens qui n’ont pas de maison au milieu des framboisiers sauvages, déclara Lilitchka.

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