Les Jeux heureux de l’enfance

Charlotte Gneuss

Traduit de l'allemand par Rose Labourie

Éditeur : Les Argonautes Éditeur

La banlieue de Dresde, dans les années 1970 : après l’école, Karin, seize ans, s’occupe de sa petite sœur, tandis que sa grand-mère se remémore sa jeunesse nazie et que ses parents rêvent d’une autre vie. Mais lorsque son petit ami Paul ne revient pas d’une randonnée, c’est Karine que la Stasi interroge. La jeune femme se retrouve alors entraînée dans un monde de surveillance et de suspicion, où chaque choix peut bouleverser son destin.

Les Jeux heureux de l’enfance est une fresque vibrante, aussi intime qu’universelle, qui nous plonge dans un monde révolu dont les séquelles perdurent. Dans ce premier roman, en cours de traduction dans une douzaine de langues, Charlotte Gneuss révèle un talent narratif d’une sensibilité et d’une force remarquables.

Parution 9 janvier 2026
Pages 256
ISBN 9782494289956

Les jeux heureux de l'enfance est un premier roman de Charlotte Gneuss traduit de l'allemand par Rose Labourie et publié aux Argonautes

années 1970, RDA

passé

solaire • subtile • bouleversant

Mood du livre
amour, famille, oppression

21.00 Ajouter au panier

Retrouver sur la carte

Le mot de l'éditrice

« Ce premier roman regorge de l’envie de liberté et de l’émotion forte de l’adolescence, tout en dépeignant les rouages psychologiques de l’oppression. Une nouvelle voix littéraire d’un talent remarquable qui nous plonge dans la RDA des années 70 à travers le regard d’une jeune femme dont la sensibilité et le courage sont inoubliables. »

Katharina Loix van Hooff

Auteur/Autrice

Charlotte Gneuss est l'autrice du roman Les jeux heureux de l'enfance traduit de l'allemand par Rose Labourie

Charlotte Gneuss

Charlotte Gneuss est née à Ludwigsburg en 1992. Elle a étudié le travail social à Dresde, l’écriture créative à Leipzig et l’écriture dramatique à Berlin. Ses œuvres ont été publiées dans des revues littéraires, et elle collabore régulièrement avec Zeit Online en tant qu’écrivaine invitée. Elle a également été conviée à des ateliers littéraires organisés par la Fondation Jürgen Ponto et la Kölner Schmiede. Lauréate de la bourse Leonhard Frank pour le théâtre contemporain, elle est également éditrice de l’anthologie Glückwunsch (Félicitations), publiée chez Hanser Berlin. Avec son premier roman, Les jeux jeureux de l'enfance, elle a été sélectionnée et a remporté de nombreux prix littéraires dont le prestigieux Jürgen-Ponto-Preis du meilleur premier roman et récemment encore le Nicolas-Born-Preis du jeune talent 2024. Il est en cours de traduction dans neuf langues.

 

en savoir plus

Traducteur/Traductrice

Rose Labourie traductrice de l'allemand et notamment de Charlotte Gneuss

Rose Labourie

Rose Labourie est une traductrice littéraire de l’allemand et de l’anglais spécialisée en littérature générale. Après avoir été étudiante à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et de Sciences Po Paris, elle obtient le Master édition de la Sorbonne. Elle se lance ensuite dans la traduction et intègre l’École de traduction littéraire en 2015. Traductrice à plein temps, elle a traduit une trentaine d’ouvrages de l’allemand et de l’anglais vers le français, notamment La fabrique des salauds de Kris Kraus (Belfond), Brandenbourg de Juli Zeh (Actes Sud) et Sanction de Ferdinand von Schirach (Gallimard).

en savoir plus

Ils en parlent

  • « Les adolescents rient de ce système, se moquant d’Adam et Eve comme “ les deux premiers socialistes “ : “ ils n’avaient pas de toit, pas de vêtements, pas de voiture, que dalle, mais ils étaient persuadés d’être au Paradis.” Ils ne se rendent pas compte à quel point ce système les tient. »

    Mathieu Lindon, Libération

  • « Comment préserver l’innocence de l’enfance et les émois des premières amours dans un monde où tout n’est que surveillance, où le privé n’existe plus. On retient son souffle, on s’émeut, on vibre avec cette jeune fille prise entre les mailles de l’Histoire. »

    Ana, Librairie Les Nouveautés, Paris

  • « La langue est puissante et vibrante dans ce premier roman où l’on ressent tout avec Karin, personnage principal marquant d’un récit au formidable souffle romanesque. »

    Alexandre, Librairie Ars Una, Paris

  • « Un roman claustrophobe sur une jeune femme empêchée de vivre naïvement. »

    Librairie Autonome, Forbach

  • « Charlotte Gneuss signe ici un premier roman attachant – et joliment traduit – à l’intrigue bien menée. »

    Le Monde des livres

  • « Les Jeux heureux de l’enfance est avant tout un roman sur cette quête de liberté, moteur véritable de l’existence individuelle et collective. »

    Le Temps

  • « Le tour de force de Charlotte Gneuss est de mêler habilement l’insouciance de la jeunesse et la perversion d’un système politique qui reposait sur la trahison. »

    benzinemag.net

  • « Intensité, sensibilité et force. »

    les-notes.fr

  • « L’auteure parvient à nous rendre palpable l’extrême déstabilisation de son héroïne. »

    l-or-des-livres.com

  • « Ce premier roman conjugue avec brio les émotions fortes de l’adolescence et les rouages psychologiques de l’oppression. Une nouvelle voix littéraire à suivre ! »

    lelitteraire.com

  • « Dans ce roman tendu, Charlotte Gneuss joue, ostensiblement, des silences pour mieux faire, douloureusement, résonner les non-dits et autres omissions de l’adolescence »

    viduite.com

  • « Curieux roman d’éducation, où la peinture d’un âge donne à celle d’un pays non seulement son efficacité mais son universalité et sa profondeur. »

    pierre-a.fr

  • « On lit en retenant son souffle, presque choqué par la force littéraire de ce premier roman. Un ouvrage qui durera. »

    Süddeutsche Zeitung

  • « D’une intensité étonnante. »

    Radio WDR 3

  • « Une formidable narratrice. »

    RBB Kultur

  • « La force d’attraction du roman naît du contraste entre l’atmosphère d’enfermement, les restrictions de l’État et la volonté de liberté. »

    Süddeutsche Zeitung

  • « Gneuss a réussi à créer une authenticité propre avec son roman, qui parle de Dresde, de la Stasi, du premier amour et de la manipulation. »

    Neue Zürcher Zeitung

  • « Fascinant, la manière dont Charlotte Gneuss capte très précisément le sentiment

    de la RDA. Un premier roman très réussi. »

    Die Zeit

Extrait

C’est le début de la journée et la fin de l’année. Rühle est immobile. Sous ses yeux brille un fil de fer tendu entre les hêtres. À ses pieds, une main dépasse de la manche d’un manteau. La main est pâle et grande. De la pointe de sa botte, Rühle met un petit coup dedans, la main bouge à peine. Le corps auquel appartient la main est en partie caché sous une moto. La moto projette une lumière jaune sur le manteau, la main et l’écharpe. De l’écharpe suinte du sang. Le sang noircit l’asphalte. Rühle met du temps à désentortiller le fil, l’enrouler et le ranger dans son sac. Quand il se retourne, ses semelles crissent sur une plaque de verglas. Effrayé, il regarde autour de lui. Mais il y a seulement un merle qui siffle, un pigeon qui roucoule. Le coeur de Rühle pulse jusque dans ses tempes. Le bas-côté est blanchi d’une mince couche de givre. Quelque chose y est roulé en boule, une forme noire qui ressemble à un moineau tombé du nid. Rühle la ramasse et se retrouve avec un gant à la main. Au cuir souple et bien tanné.

 

1

Nous étions seize. Il n’y avait que deux garçons. Thorsten et David. Ce matin-là, c’était Betzler qui faisait cours. Aujourd’hui, je ne veux pas de chamailleries, a dit la prof en ouvrant le tableau. Il y était écrit en lettres cursives parfaitement régulières : Nous semons et récoltons pour le bien socialiste. Tout en arrangeant sa permanente, Betzler a poursuivi : Aujourd’hui, nous allons parler du semis du chou blanc. Anna a levé la main : Est-ce que je peux aller aux toilettes. Babsi a dit : Encore. Elle a des secrets enfouis aux chiottes, ma parole. Anna a fait volte-face : Nan, j’ai mes règles. On veut pas le savoir, s’est exclamée Kerstin, mais la porte s’était déjà refermée dans un claquement. Allons, silence. Betzler tapait contre le tableau avec sa craie. Quels plats cuisine-t-on avec du chou blanc. La potée, le ragoût, la tote oma1, a répondu Marlene.

Veux-tu bien lever la main, a demandé Betzler. Marie a écrit dans mon cahier : Tout le monde est tellement pénible. J’ai écrit en dessous : À commencer par toi. Fiche la paix à mon cahier. Dehors, un chat se promenait sur le béton fissuré. Marie a fait deux ratures : Fiche la paix à mon cahier. Puis elle s’est penchée vers moi en chuchotant : Ça se passe comment, avec Paul.

 

Le vendredi, quand Paul avait débarqué dans la cour en pétaradant sur sa Schwalbe, mamie avait levé les yeux au ciel. J’étais vite montée à l’étage pour voir ce que faisait la petite, mais elle dormait encore à poings fermés. Alors je m’étais dépêchée de me mettre du rouge sur les lèvres, de m’ébouriffer les cheveux, de défroisser ma robe, et j’étais redescendue en courant. Entre-temps, Paul avait coupé le moteur de la mobylette et s’était adossé contre la selle, jambes écartées. Envie de partir à l’aventure, avait-il demandé avec un clin d’oeil. Bien sûr que j’en avais envie, mais la petite risquait de se réveiller d’une minute à l’autre, et en plus, c’était jour de lessive. Allez, viens. Il voulait aller fêter le solstice d’été chez les Tchèques. Avec Rühle. Au travail, une machine était tombée en panne, et le temps que les pièces de rechange arrivent, les Russes seront morts, a dit Paul.

Bien sûr que je voulais venir, mais la petite, le linge.

C’était maintenant ou jamais. Les doigts de Paul faisaient cliqueter le frein. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je serais partie tout de suite, mais j’ai dit : Nan, nan, ce n’est pas si simple, et sans l’autorisation de maman, impossible.

OK, alors va lui demander.

Elle n’est pas là.

Alors allons demander à ton papa, il dira oui, a insisté Paul en faisant démarrer le moteur, et on s’est élancés à toute berzingue sur la grand-route, le jaune colza défilait sur le côté, j’avais enlacé Paul par derrière, je sentais son dos contre mes seins, j’ai posé la tête sur son épaule, et en un rien de temps, on s’est retrouvés à Kleinnaundorf, première à gauche, sur la Zossener Straße. Le bureau de mon père était au troisième étage, et arrivée là, d’un coup, je me suis sentie toute chose.

Allez, fonce, a dit Paul, on ne va pas rester plantés là des plombes. Il voulait aller chercher des affaires, il repasserait me prendre vers trois heures et demie. Et si c’est trop tôt pour toi, rejoins-moi directement à six heures moins le quart dans la clairière, a dit Paul. Il a fait mine de me caresser le visage, mais j’ai secoué la tête et repoussé ses doigts. Allez, avec ton vieux, on peut parler. C’est toi qui le dis, ai-je lancé, mais il était déjà parti.

J’ai levé les yeux pour voir si la fenêtre était ouverte et si papa regardait dehors. Qu’est-ce que j’allais lui dire. Écoute, papa, je pars fêter le solstice d’été avec deux garçons, le linge va se laver tout seul, et depuis ce matin, la petite sait cuisiner. Ne t’en fais pas, je serai de retour lundi. Il n’y avait pas de fenêtre ouverte, évidemment. Un mégot de cigarette gisait sur le bord du trottoir, et je l’ai envoyé valser d’un coup de pied, je me suis assise sur la première marche du perron, j’ai posé les coudes sur mes genoux et la tête sur mes bras croisés. Après quoi je me suis mise à me curer les ongles des pieds. Au bout d’un moment, j’ai levé les yeux vers la fenêtre la plus haute. Peut-être que c’était l’heure où le secrétaire prenait sa pause-déjeuner, peut-être qu’il allait franchir le seuil d’un instant à l’autre, me voir et dire : Allons, gamine, ton papa est en train de travailler, rentre à la maison. Mais les fenêtres restaient fermées, les portes closes. N’importe quoi. Je n’étais plus une gamine, mais moi non plus je n’autoriserais pas ma fille à aller chez les Tchèques avec deux garçons. Dans la rue, il n’y avait pas un chat. La petite n’allait pas tarder à se réveiller, et je ne pouvais pas la laisser trop longtemps seule avec mamie. J’ai escaladé le mur d’un jardin pour voir l’horloge du clocher par-dessus une haie de photinia. Deux heures et demie passées. Paul ne reviendrait pas avant encore une heure, et rien ne disait qu’il allait tenir parole. Autant rentrer à la maison à pied, ai-je pensé, et j’ai sauté du mur.

Cette publication a été cofinancée par l'Union européenne

Cette publication a été cofinancé par l'Union européenne.

À vos agendas !

Panier
Votre panier